Concision, 'scannabilité' et bon usage de l'hypertexte...
Etre concis
Il faut arriver à écrire un article avec plus de 50% de signes en moins que le même article pour une publication " papier ". Nous serons plus précis en défendant la thèse qu’il ne faut pas dépasser des phrases de 15 mots soit des phrases élémentaires. En effet, 50% de signes en moins d’un article de 10 000 signes, cela fait encore 5000 signes soit selon notre règle de calcul : cinq hauteurs d’écran !
Ces phrases élémentaires peuvent évidemment, si l’information est plus compréhensible ainsi, être regroupées en une seule phrase dans laquelle on utilise à bon escient les signes de ponctuation tels que le point virgule, les deux points,…
Un signe est une lettre, une marque de ponctuation et dans notre calcul, un espace.
Nous avons décidé de prendre comme référence, la surface d’écran 800 sur 600 pixels. La surface d’écran n’a rien à voir avec la grandeur de l’écran. C’est pourquoi nous parlerons de surface d’écran et non de taille d’écran (15’’, 17’’,…) Un site configuré en 800x600 aura la même occupation de l’espace d’écran sur un écran 15’’, 17’’,… à partir du moment où l’écran est configuré en 800x600. Ce détail technique a son importance : un écran configuré par exemple en 1024x768 pixels proposera plus de " place " sur l’écran et ce, quelle que soit la taille de l’écran. Le choix de 800x600 pixels a été fait en considérant que le 800x600 était la configuration la plus répandue. Cette donnée serait en train de changer pour le 1024x768.
Par article pour la version en ligne, nous entendons une partie d’article pour une version papier. Cet article doit correspondre à une idée. Par facilité et pour éviter toute confusion, nous définirions dès à présent cet " article " avec le terme " fiche ".
Une fiche est donc un texte de maximum 1000 signes et comportant une idée principale. Nous allons développer cette définition en abordant chaque aspect de l’hyperécriture.
Il s’agit donc d’écrire d’une façon très " pure " en allant directement à l’essentiel de l’information en essayant même d’agrémenter cette information de détails exprimés brièvement. Le journaliste doit servir au maximum l’information et non pas s’en servir pour développer une prose qui le servira lui et son ego.
On pourrait dès lors s’inquiéter qu’une écriture aussi portée sur la concision et le dénuement complet d’effets de style donne un texte fade, inodore et incolore. Nous ne le pensons pas. En effet, il s’agit juste de formuler d’une autre manière ses idées, ses informations. Il est tout à fait possible de développer un point de vue, un fait d’actualité sur plusieurs pages (donc sur plusieurs fiches) à la seule et unique condition que cela soit pertinent, utile et " rende service " au lecteur.
Ce qui nous semble certain, c’est que la conception d’une écriture propre à la presse en ligne passera par une rigueur accrue et demandera aux journalistes de nouvelles façons de faire pour écrire de manière originale. Ecrire court ne doit en tout cas pas être un prétexte à une quelconque simplification excessive de l’information à transmettre qui pourrait conduire au simplisme et donc à la faute grave qui est de tronquer l’information que nous devons transmettre en tant que journalistes.
Ecrire pour " la scannabilité "
Il s’agit d’une réflexion identique (sur le fond) à celles des journaux papier lors de la mise en page. De la même façon, nous ferons attention à ne pas présenter aux lecteurs des textes sous forme de bloc, sans aucune distinction entre l’important et le secondaire. Nous veillerons à bien mettre en évidence les titres, les mots - clés,…
Les titres devront donc être dans une taille supérieure à celle utilisée pour le corps de la fiche. Nous privilégierons les titres en couleur et en gras.
La mise en évidence des mots – clés est également primordiale. En effet, le lecteur sur Internet doit directement trouver ce qu’il recherche. Les raisons sont les suivantes.
• Premièrement, le lecteur n’est pas encore habitué à lire sur Internet (nous ne sommes pas encore habitués à écrire pour Internet d’ailleurs). Il a donc besoin de se sentir directement au bon endroit.
• Deuxièmement, le lecteur peut à tout moment quitter la page s’il juge ne pas trouver l’info qu’il recherche. Ce jugement peut être influencé par un texte illisible car trop long ou mis en bloc,…Une autre raison du départ du lecteur peut être l’abondance d’informations sur la page et la question de savoir laquelle choisir. C’est pourquoi nous insistons sur la nécessité de développer une idée par fiche et donc par page. En s’employant à écrire de la sorte, la question de la longueur, de la scannabilité sera déjà plus aisée.
• Troisièmement, le temps du lecteur est compté : les communications coûtent encore assez cher et les connexions ne sont pas encore très rapides, le lecteur doit dès lors savoir directement de quoi parle la fiche.
Ici aussi l’importance d’une écriture concise et lisible est à souligner et encore une fois d’avoir une seule idée ou thème par fiche est essentiel.
Nous conseillons de mettre les mots – clés en gras et en couleur mais dans la même taille et police que le reste de la fiche. Sinon, vous risquez d’avoir des coups de poing visuels sur votre page. Le test a été fait pour Coup d’œil du Net et les essais ne furent pas très concluants. Evitez aussi de trop utiliser les couleurs. Le lecteur ne risque pas de comprendre le sens de ces couleurs. N’utilisez jamais la même couleur pour les mots – clés et pour les liens. Vous risquez de créer une confusion qui décrédibilisera votre travail.
Le texte doit être toujours placé au centre de l’écran car l’utilisateur focalise son attention au centre de la fenêtre (Nielsen, 1997). Pour que le texte soit " scannable " au premier coup d’œil, il doit être mis en page sur une seule hauteur d’écran. Le lecteur ne s’intéressera au barre de défilement que par la suite (Nielsen, 1997).
Deux hauteurs d’écran sont acceptables si et seulement si on retrouve 80% de l’information dans la première hauteur d’écran. Nous appliquons ici les principes d’écriture journalistique. La première fiche de l’article est donc comparable au chapeau d’un article " papier " mais chaque fiche ne peut s’étendre sur deux hauteurs d’écran sans avoir 80% de l’information dans sa première partie. On double donc l’exigence du 80%. Cependant, cela doit être évident à partir du moment où chaque fiche ne développe qu’un seul aspect d’un sujet.
Enfin, terminons cette partie sur la scannabilité en reproduisant en français les trois conclusions essentielles:
1. Les internautes ne lisent pas sur le Web ; en fait, ils " scannent " les pages, essayant de prendre quelques phrases ou parties de phrases pour avoir l’information qu’ils souhaitent
2. Les internautes n’aiment pas les pages longues avec des barres de défilement : ils préfèrent les textes courts et allant à l’essentiel.
3. Les internautes détestent le langage promotionnel : Ils préfèrent l’information factuelle.
Ces trois conclusions peuvent être retenues comme des règles d’or en matière de scannabilité. Nous ajouterons l’importance de l’usage d’une typographie appropriée pour les titres, les mots – clés,…
Du bon usage de l’hypertexte
Le terme " hypertexte" a été inventé par Ted Nelson en 1965. Confiné dans un premier temps à quelques cercles de chercheurs, il a par la suite acquis différents sens.
Nous allons prendre comme définition scientifique celle de Ted Nelson que l’on retrouve dans la préface à la réédition de son bouquin " Literary Machines " en 1993. Nelson définit son point de vue sur l’hypertexte en ces termes :
Il s’agit d’un concept unifié d’idées et de données interconnectées et de la façon dont ces idées et ces données peuvent être éditées sur un écran d’ordinateur. (Clement)
L’hypertexte a donc une double vocation :
• Un système d’organisation des données
• Un mode de pensée
On ne pense pas un hypertexte comme un texte. En effet, le texte est linéaire avec des notions de haut et de bas (de page). On peut parcourir une page en divers sens, la matérialité du dispositif de lecture offert par le livre limite sérieusement les possibilités de vagabondage.
L’hypertexte se caractérise par sa non-linéarité et par sa discontinuité potentielle. Ces deux notions ne doivent pas être confondues. La non-linéarité doit être définie du point de vue du dispositif et non pas du point de vue discours (Clément, s.d, discursivite.htm). En d’autres termes, c’est la manière de présenter l’article qui est non- linéaire, et non pas l’article en lui-même.
De plus, ce qui est intéressant dans l’hypertexte, c’est sa discontinuité du discours. En effet, le seul texte " imposé " au lecteur est la première fiche, la " fiche- chapeau ". Il n’y a donc plus un ordre à suivre mais bien un ordre à créer grâce à ce lien.
Le lien est le morceau de texte, l’image, la partie d’image sur lequel (laquelle) on clique pour être dirigé vers une autre partie de la page, du site ou vers un site extérieur. Lorsque vous passez le curseur de la souris sur un lien, qu’il soit du texte ou une image, le curseur se transforme en une main.
Il faut distinguer les liens internes et les liens externes:
Les liens internes sont ceux qui renvoient vers une autre partie du site ou vers une autre partie de la page. On retrouve ce genre de liens dans les menus d’un site, à l’intérieur d’un texte découpé en différentes idées. Nous verrons plus loin que nous avons utilisé le lien interne pour relier les fiches entre elles et comment utiliser le lien interne comme un " bouton de télécommande ".
Les liens externes sont ceux qui renvoient vers un site extérieur ou vers un message e-mail. Ils sont, soit intégrés dans la page, soit rassemblés dans une partie du site appelée " liens ", " links ",…
Le danger avec les liens externes est de perdre le fil de son " surf " et de se retrouver, quelques clics de souris plus tard, sur un site qui ne permettrait pas de revenir sur le site de base, celui sur lequel nous voulons garder le visiteur.
Une solution simple et efficace est de renvoyer les liens internes dans la fenêtre du site et d’ouvrir avec les liens externes des fenêtres indépendantes. Cela signifie que nous avons toujours la possibilité de revenir sur le site " de base " tout en pouvant consulter un ou plusieurs autre(s) site(s).